La croissance du trafic aérien en Afrique devrait rester supérieure à la moyenne mondiale en 2026, selon les prévisions dévoilées par l’Association du transport aérien international (IATA) lors de la table ronde des médias d’Afrique, qui s’est tenue ce jeudi 18 décembre Toutefois, malgré cette dynamique favorable, la rentabilité des compagnies aériennes africaines demeure la plus faible au monde, freinée par de lourds problèmes structurels.
L’IATA prévoit une croissance mondiale du trafic aérien de 4,9 % en 2026, légèrement en baisse par rapport aux 5,2 % attendus en 2025. En Afrique, cette croissance atteindrait 6,0 %, confirmant le dynamisme du marché continental.
Dans le segment du fret, la demande mondiale progresserait de 2,6 %, tandis que l’Afrique enregistrerait une hausse plus modérée, estimée à 2 %.
Une rentabilité marginale malgré la hausse de la demande
Malgré ces perspectives de croissance, les performances financières des compagnies africaines restent préoccupantes. Sur les 41 milliards de dollars de bénéfices nets attendus pour l’ensemble de l’industrie aérienne mondiale en 2026 (soit une marge de 3,9 %), les transporteurs africains ne devraient capter que 200 millions de dollars, correspondant à une marge de 1,3 %, la plus faible de toutes les régions.
Concrètement, cela représente un bénéfice net par passager de seulement 1,3 dollar, contre une moyenne mondiale de 7,9 dollars.
« La demande de voyages aériens en Afrique augmente plus rapidement que dans plusieurs autres régions, mais la rentabilité ne suit pas. Avec des marges aussi faibles, les compagnies africaines ne capturent qu’une fraction de la valeur économique générée par l’aviation », a souligné Kamil Al-Awadhi, vice-président régional de l’IATA pour l’Afrique et le Moyen-Orient.
Des coûts élevés et des barrières structurelles persistantes
L’IATA rappelle que les compagnies aériennes africaines opèrent dans l’un des environnements les plus contraignants au monde. Parmi les principaux freins figurent : un faible PIB par habitant, qui limite la demande et accroît la sensibilité aux prix ; des coûts d’exploitation nettement supérieurs à la moyenne mondiale, notamment le carburant (+17 %), les taxes et redevances (+12 à 15 %), les redevances de navigation aérienne (+10 %), ainsi que la maintenance, les assurances et le coût du capital (+6 à 10 %) ; une connectivité limitée, avec seulement 19 % des routes intra-africaines disposant de vols directs ; le problème persistant des fonds bloqués : sur les 1,2 milliard de dollars de recettes bloquées appartenant aux compagnies aériennes dans le monde, l’Afrique représente à elle seule 79 %, soit 954 millions de dollars, l’Algérie étant désormais le principal marché concerné.
Malgré ces difficultés, l’aviation africaine recèle un fort potentiel à long terme. Sur les vingt prochaines années, les marchés africains devraient croître à un rythme annuel moyen de 4,1 %, pour atteindre environ 411 millions de passagers, soit le troisième taux de croissance le plus rapide au monde.
Des avancées récentes en matière de mobilité illustrent cet élan, notamment : l’exemption de visa pour tous les citoyens africains dans cinq pays (Bénin, Gambie, Rwanda, Seychelles et Ghana) ; la hausse des itinéraires intra-africains sans visa, passés de 20 % en 2016 à 28 % aujourd’hui ; la généralisation des visas électroniques, désormais proposés par 26 pays contre 17 % en 2016.
Pour transformer ce potentiel en résultats concrets, l’IATA appelle les gouvernements africains à agir autour de quatre priorités : reconnaître l’aviation comme un catalyseur économique stratégique, investir dans des infrastructures efficaces sans alourdir excessivement les coûts, libéraliser l’accès au marché à travers la Décision de Yamoussoukro et le Marché unique du transport aérien africain (SAATM), et améliorer l’abordabilité ainsi que la connectivité.
« Le potentiel de l’aviation en Afrique est immense. Mais pour qu’il se traduise en bénéfices économiques durables, les gouvernements doivent considérer l’aviation non comme une source de revenus fiscaux, mais comme un levier de développement », a conclu Kamil Al-Awadhi, soulignant que, avec un soutien politique approprié, l’aviation peut devenir un puissant moteur de transformation économique du continent.
Aimé Kouassi
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