La BAD invite le pays à la vigilance

Cette recommandation de la BAD intervient alors que le Produit Intérieur Brut (PIB) du Pays, établit à 6,5 % en 2025, devrait retomber à 6,2 % au terme de l’année en cours (2026) pour remonter encore à 6,5 % en 2027. Si cet appel à la vigilance de la BAD, lancé dans son dernier rapport sur les perspectives de la locomotive de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), est louable, il rappel surtout à la Côte d’Ivoire, qui a la confiance des bailleurs de fonds internationaux pour la mise en œuvre de son Plan National de Développement (PND) 2026-2030, qu’elle ne doit pas se reposer sur ses lauriers. Et pour cause.
« Dans un environnement international marqué par la fragmentation géopolitique, le durcissement des conditions financières, la volatilité des flux de capitaux et la baisse progressive de certaines formes de financement concessionnel, la capacité du pays à mobiliser davantage de ressources intérieures et extérieures ne doit pas être prise à la légère », bien au contraire, alerte l’institution financière multilatérale créée en 1964 dont le siège se trouve dans la capitale économique Ivoirienne, Abidjan.

Dans ce contexte, la BAD recommande à la Côte d’Ivoire d’intensifier ses efforts, déjà engagés, pour « une mobilisation accrue des recettes internes et externes. ». Et ce, « afin d’atteindre ses objectifs en matière de transformation structurelle et contribuer à la réalisation des objectifs de son nouveau cadre stratégique de développement », son PND 2026-2030…
Car bien que l’horizon économique du 1er contributeur au PIB de l’UEMOA (40% de la richesse globale de l’Union) semble ensoleillé, des nuages porteurs de pluies de risques de chocs inflationnistes, de tensions commerciales et géopolitiques, de vulnérabilités des chaînes d’approvisionnement et d’un durcissement des conditions financières internationales pourraient, pousser par un vent d’incertitudes mondiales, venir complètement l’assombrir, si les dirigeants de la 2e puissance de l’Afrique de l’Ouest n’y prennent garde et ne se préparent pas à affronter un orage de calamités.

Cependant, dans ce tableau dépeint par la BAD, tout n’est pas gris. En effet, en plus de la confiance des financeurs institutionnels, des partenaires au développement, des organismes de financement, des donateurs internationaux et autres pourvoyeurs de deniers, la Côte d’Ivoire dispose de nombreux atouts. Parmi ceux-ci, on peut par exemple citer le dynamisme de son secteur tertiaire, le nouveau souffle de ses secteurs des mines, des hydrocarbures et de l’énergie, la bonne santé de ses cultures d’exportation, le niveau de consommation de ses habitants et l’investissement privé soutenu par sa bonne image sur les marchés financiers mondiaux.
Ces cartes en main, « montrées cartes sur table » si vous me permettez ce petit trait de néologisme, ont d’ailleurs conduit l’agence de notation Moody’s Ratings à maintenir, le 13 mars 2026, la note souveraine à long terme de la Côte d’Ivoire à Ba2, assortie d’une perspective stable, attestant ainsi des avancées réalisées par la terre d’éburnie dans le renforcement de son cadre macroéconomique. Cette confirmation supplémentaire des progrès notables du pays, en la matière, amène, de même, la BAD à affirmer, dans son dernier rapport, que « la Côte d’Ivoire a enregistré une amélioration de son profil de risque », comparé à ce qu’il était entre 2000 et 2011.

Quand l’on sait que l’évaluation de la viabilité de la dette du poumon économique de l’UEMOA, menée conjointement par les institutions de Bretton Woods, a conclu, en juin 2026, que le pays, qui a fait passer son risque de surendettement de modéré à faible, à améliorer la soutenabilité de sa dette publique, il est évident que cette assertion, portée avec assurance par la BAD, est loin d’être fortuite.
Un autre indicateur majeur et non négligeable, c’est que la Côte d’Ivoire, selon le Rapport Mondial sur le Développement Humain (RMDH) 2025 produit par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), « a rejoint la catégorie des pays à Indice de Développement Humain (IDH) moyen. »

En définitive, la Côte d’Ivoire affiche un visage radieux certes, mais légèrement affecté par l’exposition commerciale engendrée par les conflits en Europe de l’Est et au Moyen Orient, puisqu’elle n’a que peu d’échanges commerciaux directs avec les zones géographiques les plus touchées par ces dissensions. Toutefois, souligne la BAD, « son exposition indirecte est plus significative ! » Pourquoi ? Et bien parce que l’impact de ces litiges sur les importations stratégiques, telles que le pétrole et certains intrants agricoles, est source de vulnérabilité pour tous les pays demandeurs des produits et marchandises concernés. Ergo, dans l’hypothèse où la forte perturbation des chaînes d’approvisionnement internationales et leurs répercussions sur les marchés mondiaux devaient perdurer, l’économie du 1er producteur mondial de cacao — 40 % du cacao produit sur le globe provient de la Côte d’Ivoire — en pâtirait grandement. Face à la probabilité de la survenue imminente de cette conjoncture, la BAD préconise aux dirigeants de la Côte d’Ivoire « d’accroître durablement son Revenu National Brut (RNB) par habitant d’environ 9,9% par an, d’accélérer la formalisation de l’économie et l’élargissement de l’assiette fiscale, de gérer plus efficacement la dépense publique et de diversifier les financements vers les Partenariats Publics Privés (PPP), la diaspora, le capital naturel, la finance climatique et les capitaux privés mondiaux. » Qui entend le tonnerre de loin, répare sa toiture…
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